• Conte : Alice au pays des merveilles - Lewis Carroll


     

     

     

     

    Alice au pays des merveilles

    Lewis Carroll

     

     

     

    Note de l'éditeur :

     

    " Quand le Lapin sortit une montre de son gousset, la regarda et reprit sa course, Alice se leva d'un bond car, en un éclair, elle réalisa qu'elle n'avait jamais vu un lapin avec un gousset et une montre à en sortir. Dévorée de curiosité, elle le suivit à travers champs, et eut juste le temps de le voir s'engouffrer dans un vaste terrier sous la haie. "

    Pourquoi Alice s'étonnerait-elle alors de rencontrer chemin faisant une Reine de Cœur, un Griffon, un Chapelier, un Lièvre de Mars ou de prendre le thé chez les fous ? C'est au pays des merveilles que l'a entraînée le lapin blanc, un pays où elle ne cesse de changer de taille, et où tout peut arriver. Un pays que Lewis Carroll met en scène avec une rigueur impeccable dans la loufoquerie. Loin de la mièvrerie du conte enfantin, cette nouvelle traduction restitue au texte anglais toute sa verdeur mathématique.

     


    Un peu d'histoire :


    Alice au pays des merveilles est le fruit d'une promenade en barque que Lewis Carroll effectuait en compagnie des trois sœurs Liddell, Lorina Charlotte, l'aînée (13 ans), Alice (10 ans), et Edith (8 ans), en 1862.

    Elles figurent d'ailleurs toutes trois dans le poème d'ouverture, sous les noms de Prima, Secunda, et Tertia.

    Pour passer le temps, Carroll leur raconte des histoires. Alice Liddell, à la fin de la promenade, lui demande de les mettre par écrit. Les aventures d'Alice sous terre sont achevées en 1864. Peu après, il ajoute des épisodes (le chat du Cheshire et l'heure du thé) et soumet le manuscrit, qui sera publié en 1865.

    Ce conte onirique, qui fait la part belle à l'absurde, aux jeux de mots et d'esprit et aux distorsions de la logique, connaît un succès immédiat qui ne se dément pas de nos jours. Encouragé, Carroll lui donne une suite (De l'autre côté du miroir) en 1871 qui connaîtra la même fortune. Les deux ouvrages sont traduits dans toutes les langues à travers le monde, et le personnage d'Alice est devenu une figure incontournable de l'imaginaire enfantin.

     

    On oublie souvent de préciser que le premier illustrateur d'Alice est Lewis Carroll lui-même, qui offrit à Alice Liddell, le 26 novembre 1864, un exemplaire manuscrit de l'histoire inventée pour elle, orné de 37 dessins à la plume. Une édition en fac similé (avec une traduction française)a été réalisé récemment par les éditions Frémok (2006).

    Les sources divergent sur la question de savoir si c'est Dodgson ou son éditeur qui jugea bon de ne pas garder ses propres images. C'est en tout cas Carroll qui opta pour John Tenniel, dessinateur alors réputé pour sa participation à la revue satirique Punch. Le succès remporté par la version illustrée par Tenniel l'a installé presque comme un second auteur d'Alice et le même tandem fut reformé pour le second livre.

    Les illustrations de John Tenniel semblent aujourd'hui inséparables du texte de Lewis Carroll. Mais Alice a inspiré un nombre impressionnant d'illustrateurs de sa création et jusqu'à nos jours. Plusieurs centaines de versions ont ainsi vu le jour.

     

    Sources : fluctuat.net ; Wikipédia

     

     

    L'intrigue :


    Alice s'ennuie auprès de sa sœur qui lit un livre (« sans images, ni dialogues ») tandis qu'elle ne fait rien. « À quoi bon un livre sans images, ni dialogues ? », se demande Alice. Mais voilà qu'un lapin blanc aux yeux roses vêtu d'une redingote rouge passe près d'elle en courant. Cela ne l'étonne pas le moins du monde. Pourtant, lorsqu'elle le voit sortir une montre de sa poche et s'écrier : « Je suis en retard ! En retard ! En retard ! », elle se dit que décidément ce lapin a quelque chose de spécial. En entrant derrière lui dans son terrier, elle fait une chute presque interminable qui l'emmène dans un monde aux antipodes du sien. Elle va rencontrer une galerie de personnages retors et se trouver confrontée au paradoxe, à l'absurde, et au bizarre...

     

     

    Le personnage d'Alice :

     

    « Aimante comme un chien », ainsi que la décrit Lewis Caroll dans Alice à la scène, Alice est également « curieuse, extravagamment curieuse ». Ce trait de caractère en fait l’exploratrice idéale, d’autant plus que la petite fille se montre d'emblée d’une insouciance totale, s’engageant dans le terrier du Lapin sans songer un seul instant à la manière dont elle en pourra ressortir.

    Alice est aussi d’une courtoisie exemplaire, car elle veut prouver à son entourage, qui semble la considérer comme trop étourdie et rêveuse, qu'elle connaît les bonnes manières et toutes les leçons qu'elle se force à apprendre. Sa bonne éducation ne lui évite cependant pas les gaffes auxquelles la conduit sa nature spontanée : ainsi n’hésite-t-elle pas à parler de sa chatte Dinah à la Souris de la Mare de larmes…

    Alice est aussi un personnage très patient et attentif envers les êtres étranges qu'elle rencontre. Ainsi, elle s'arrête souvent pour entendre ce que chaque personnage a à lui dire : elle revient pour entendre la dernière phrase du Ver à Soie, elle écoute les chansons de Tweedeldee et Tweedeldum, écoute les plaintes de la Tortue-Fantaisie, et essaie même de comprendre les discours illogiques du diabolique trio du Chapelier, du Lièvre de Mars, et du Loir...

    Petit à petit, Alice s'enfonce dans un monde de plus en plus absurde, ce qui la force à tout relativiser et à chercher de la logique, du bon sens ; toutes ces matières qu'elle cherche en fait à fuir dans la réalité.

     

    Le pays des merveilles :


    Le Pays des merveilles est pour Alice terriblement dépaysant. Dès son arrivée, la petite fille se retrouve en proie à une véritable crise d'identité, en raison des métamorphoses physiques qu’elle subit, mais aussi de la perte du savoir scolaire auquel elle voudrait tant se référer pour tenter de comprendre et de rationaliser le monde étrange qui l’entoure. Ayant oublié sa poésie, elle devient par ailleurs l’agent d’une parodie de poèmes célèbres dans l’Angleterre de Carroll.

    Le pays est le lieu de la contestation, par le biais de l’absurde, d’un certain ordre établi du monde réel, notamment de l’arbitraire du langage : Humpty Dumpty, par exemple, définit comme il l’entend le mot « gloire » et met à jour la nature purement conventionnelle du lien entre signe et sens. Le texte est aussi une critique de la société victorienne, notamment de ses intérieurs « fonctionnels », où chaque chose doit trouver et tenir une place minimale : Le Lièvre de Mars et le Chapelier « rangent » le Loir dans… la théière. Les frères Tweedeldee et Tweedeldum contredisent sans arrêt Alice. Le chat de Cheshire se contredit.

    Le pays est aussi un lieu d’excès, où la gourmandise d’Alice est sans cesse confrontée à des choses qui se boivent ou se mangent et qui la transforment physiquement, et où la cruauté de personnages féminins comme la fameuse Reine de Cœur s’exprime sans retenue.

    Au Pays des merveilles, le temps est déréglé, au point qu’il n’y en a pas assez, comme pour le Lapin Blanc toujours pressé, ou qu’on soit fâché avec lui, ou, comme le Chapelier, qu'on soit condamné à vivre éternellement à l'heure du thé.

    On peut interpréter le pays de plusieurs façons différentes : on peut en effet le considérer comme un monde surréaliste, coloré et ingénu, ou bien comme un endroit cauchemardesque dans lequel Alice se retrouve prise au piège d'un monde où la logique a été abandonnée au profit de la folie, un monde peuplé de personnages ambigus et inquiétants. L'ambiguïté des personnages semble d'ailleurs s'accentuer sous le trait de John Tenniel, dont les représentations picturales des protagonistes sont plutôt inquiétantes.


    Source : Wikipédia



    Mes impressions :


    J'aime beaucoup ce conte, mais j'ai pourtant du mal à le considérer comme mièvre et enfantin. Il me semble au final qu'il s'adresse plus à des adultes en mal de fantaisie qu'à des enfants. D'autant plus qu'on peut déceler à sa lecture, une multitude de sens cachés, que ce soit au creux des mots et des jeux de langage ou encore au sein même de certaines scènes du récit qui semblent, au travers de métaphores filées, des critiques de la société anglaise et de ses mécanismes à l'époque de Lewis Carroll.

    L'univers dans lequel se trouve plongé Alice m'apparaît bien plus effrayant que merveilleux! En effet, rien n'a de sens, il est impossible d'y avoir des repères car même ceux-ci se trouvent totalement déréglés, malmenés et poussés jusqu'à l'absurdité la plus totale. Les créatures qu'elle rencontre ne sont guère amicales, bien au contraire, il semble que chacun ait tendance à ne se préoccuper que de lui-même, ancré au cœur de sa propre folie, de ses propres errances, ne se tournant vers Alice que pour y trouver son propre intérêt ou y voir le reflet de sa pleine importance. Ainsi l'on y croisera une Reine de Cœur qui en est parfaitement dénuée, un chat au sourire énigmatique que l'on ne voudrait guère câliner, des fous, des lâches et des sournois...

    Alice, quant à elle, est véritablement une enfant tout aussi attachante qu'agaçante.

    Tantôt naïve et pleurnicharde, tantôt faisant montre d'un courage et d'une détermination sans bornes, on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser avec elle, et quel comportement elle risque d'adopter face à une situation donnée.

    Elle semble finalement bien à sa place dans ce monde étrange, sans queue ni tête, où elle ne s'étonne de rien et se fond à merveille dans le décor, elle-même sujette à une perte de son identité, au point que celle-ci en devient trouble et changeante, se dédoublant même quand la situation l'exige.

    La folie semble bel et bien avoir apposé sa marque ici, elle y est presque palpable, au moindre recoin de cet univers haut en couleurs, passionnant, il est vrai, mais terriblement déroutant.


    En tous cas, si comme moi, vous n'aviez pas encore lu cette œuvre originale, intemporelle, et ne la connaissiez que par bribes ou via d'autres médias, n'hésitez pas à vous lancer, vous ne le regretterez pas, et découvrirez un conte plus profond, plus mystérieux encore par ses différentes facettes, que ce que vous en connaissiez, le temps d'une lecture qui s'avale goulument.


    Je terminerai ici en vous partageant une critique trouvée sur Amazon, qui m'a semblé fort intéressante et assez judicieuse.


    « À la fois roman d'introspection et conte merveilleux, Alice au pays des merveilles est le récit, mené de bout en bout sur un rythme époustouflant, de l'intemporelle question de l'identité.

    Enfant déroutante, naïve et réceptive jusqu'à l'extrême, Alice fait la rencontre d'une multitude de personnages improbables qui seront autant d'ouvertures sur un monde où le cadre spatio-temporel est bouleversé, où les repères linguistiques ne sont plus fiables, où la peur voisine avec le jeu.

    Or, si Alice est aussi sensible à toutes les bizarreries qui l'entourent, c'est sans doute qu'elle a une prédisposition. Elle a beau tenter de se raccrocher à la norme, elle a la particularité d'incarner deux personnalités à la fois afin de se créer une partenaire de jeu. L'auteur fait également part de ses monologues argumentateurs douteux, où l'amour du raisonnement s'exprime par un illogisme flagrant. Alice au pays des merveilles est un détour par la folie enfantine pour désigner, sur le mode ludique, la part de folie qui se camoufle chez l'adulte. ».





    Lully.©




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