• Troisième extrait.

    Seulement 1046 petits mots, pour lesquels j'ai du, de plus, lutter comme une forcenée!
    Mais ils sont là, bien tracés, et ne s'envoleront plus.
    Au total : 3337 .



    Rouen - Mercredi Douze Novembre - An Deux-Mille-Huit –Trois heures et trente neuf minutes, précisément.

     

    L'heure fatidique s'affiche une fois de plus sur l'écran digital de mon réveil, figée, presque provocatrice. Mais cette nuit, je ne me réveille pas en sursaut, non, mon sommeil n'est guère cette fois animé de tourments, car je n'ai tout simplement pu fermer l'œil plus d'une minute, me retournant sans cesse d'un côté puis de l'autre, comme agitée de soubresauts internes, comme secouée d'ondes de choc immatérielles, pensées multiples, violentes, sans trêve aucune.

    Depuis près d'une semaine, je n'ai eu, chaque jour, de cesse de me sentir ainsi, plus angoissée, plus électrique à chaque temps, à l'approche de... (?!), comme si j'étais un électron libre incapable de se figer dans l'instant, jamais au repos, jamais posée, effervescente. 

    Je ne sais ce qui me taraude ainsi l'esprit, semble prendre possession de mon être à l'insu de ma volonté ou même de ma conscience, mais cette excitation latente, perpétuelle, fatigue mes sens, mon corps et mes pensées au point que je n'ai pu écrire, aligner ensemble deux mots qui fassent sens. 

    Je me sens comme à la veille d'un examen, d'un jour où tout bascule, où chaque geste, chaque parole, chaque instant aurait son importance, les sens en éveil, à la fois engourdie et survoltée, et le cœur battant sur un rythme effréné une marche guerrière, et pourtant, qu'ai-je donc à vivre demain de plus qu'hier, ou qu'aujourd'hui?! 

    Que pourrait venir troubler ma solitude, sinon mes perpétuelles angoisses, mes élans d'inspiration, ou bien mes obsessions? Même mon petit voisin, que j'aime parfois à observer par la fenêtre ouverte, ne semble que peu enclin à mener ses étranges jeux au bas de chez moi, glacé dans ses silences par l'hiver qui s'avance, me laissant plus seule encore, engoncée au creux de mon isolement. 

    Quant à ces précieux moments de quiétude que m'apporte quelquefois une journée clémente, c'est comme s'ils avaient disparu pour jamais, immergés sous le poids de mon immuable désolation. 

    On dit parfois que nous sommes reliés à la conscience collective, qu'est ce qui, au cœur de ces univers, peut bien l'agiter plus que de coutume?! 

    ***

    Rotomagus – Mercredi Douze Novembre - An Deux-Mille-Huit – Trois heures et trente neuf minutes, précisément.

     

    «J'en-ai marreeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee!! » 

    Le hurlement de rage que poussa Oni, en cet irrémédiable instant où la sonnerie interne de son âme se mettait en action depuis quelques temps, la tirant fort désagréablement d'un sommeil, de toutes façons, des plus trouble, se répercuta contre les épaisses parois de sa majestueuse chambre aux tentures poudroyantes, générant alors un écho nullement prêt à se taire, et dont la parfaite imitation faisait planer pour quelques instants encore, au sein du palais assoupi au royal silence, l'époustouflante colère d'un petit être désabusé. 

    La fluette fée, surprise par la puissance de son propre cri, porta soudainement sa petite main aux longs doigts finement articulés jusqu'à ses lèvres amarantes ou cerises, comme pour étouffer, trop tard, le son tonitruant qui s'en était déjà échappé, malgré elle. 

    Tendant l'oreille, elle se concentra de toutes ses forces afin de constater, si par malheur, elle avait alors oui ou non éveillé en sursaut tout cet imposant sérail profondément endormi...redoutant la fureur de ses habitants, et surtout, de sa tyrannique matrice, si tel était le cas. 

    Mais, force fut de constater, après quelques longues et intenses minutes à guetter le moindre soubresaut, le moindre indice d' agitation alentours, qu'il n'en était rien, et que par chance, les mets succulents et surtout, les excellentes liqueurs, comme puisées directement à la source divine, qui les accompagnaient, avaient sans nulle doute eu raison des convives du soir, les plongeant pour quelques longues heures encore dans les abîmes d'un sommeil sans rêve, où même l' improbable implosion d'un zeppelin qui passerait au moment même au dessus des toits surplombant leurs consciences assommées n'aurait eu d'impact sur leurs sens éteints. 

    « Ouf. » 

    « C'était moins une »... 

    Oni soupira de soulagement, se jetant alors contre sa tendre couche, épuisée. 

    Elle n'en pouvait plus de ces nuits agitées, troubles, durant lesquelles il devenait plus que difficile de trouver le moindre repos. 

    Pourtant, elle savait que cette nuit, quoiqu'il en soit, son sommeil aurait de toutes façons été des plus apnéiques, difficile et instable, alors que chaque jour elle avait avec excitation, survoltée et euphorique, effeuillé la scintillante éphéméride qu'elle même avait confectionné en mêlant avec le plus grand soin feuilles dorées d'un Mallorn centenaire et petites Elanor étoilées, jusqu'en ce jour mercurien, veille de la gigantesque Cérémonie du Quinzième Eon.

    Le lendemain, à Minuit précises, la danse rituelle des Dalreï ferait affluer en elle, et en chacun de ses fabuleux comparses nés du même cycle, la mystérieuse Mana, source intarissable de puissance magique, et alors, affublée de ses nouveaux talents arcaniques, elle prendrait son envol pour la première fois face aux regards émerveillés du tout Faërie, détachée pour jamais de la moindre barrière terrestre...

     

    Les cinq derniers jours avaient passé tel un fulgurant éclair, n'apportant guère aucun événement notable, les journées s'écoulant en de longues, fatigantes et ennuyeuses répétitions du magistral cérémonial à venir qu'il ne fallait, grand dieu, pour rien au monde faire échouer d'une quelconque façon que ce soit! Tout devait être parfait, minutieusement assimilé et singé jusqu'à atteindre l'excellence, la grâce même.

    Cet entraînement quasi robotique avait laissé Oni vidée de toute sa vivacité, et, le soir venu, quand tous, jeunes profanes exceptés, s'en venaient festoyer gaiement autour d'un foisonnant repas où boissons enivrantes et mets prodigieux s'entremêlaient sans fin au milieu de chants, de danses et de rires, il fallait presque au convive curieux aller chercher en elle la lueur vivifiante qui brillait d'ordinaire plus que nulle autre.

    Ce n'était qu'à la nuit tombée, une fois longuement paressé au creux des remous langoureux d'un bain parfumé à l'eau de rose, que notre légère lilliputienne, déchargée pour un peu de sa lourde asthénie, à l'heure bleue de sa conscience, sentait de nouveau affluer en elle l'étincelle de vie, bien trop vite supplantée par l'ondée électrique de l'anxiété latente, celle la même qui, au moment du coucher, viendrait une fois de plus atteler son sommeil au char enflammé d'un démon instable, pour une course effrénée au gré de troubles songes.

    - Ô Nuit, quand viendras-tu enfin apaiser ton courroux?! -




    Lully. ©



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